Découvrez le Pass GR® et ses avantages exclusifs! GO!
Mon GR®

Le site de la
Randonnée Itinérante

GR® 89

Secrets de rando : le GR® 89 dans les traces de Montaigne

En 1580, après la publication des deux premiers livres des Essais, Montaigne entreprend un grand voyage de dix-sept mois et huit jours à travers la France, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie. Une itinérance à ambitions politiques et personnelles dont une portion de ce voyage a été reconstitué entre Brussieu et Thiers, c'est le GR® 89.

Montaigne, l'écrivain pacifiste

Michel de MontaigneMichel de Montaigne est un écrivain engagé. Vivant à une époque où les guerres de religion meurtrissent son époque, il s'implique énormément dans la tourmente des événements. Proche des principaux protagonistes dont les roi Charles IX (1560-1574) et Henri III (1574-1589), il ne cessera, tout au long de sa vie, de vouloir pacifier les conflits. Durant les années 1570, l'écrivain se lance alors dans un grand voyage qui le mène sur les routes de nos pays voisins : la Suisse et l'Italie, en passant par l'Allemagne et l'Autriche.

Une des raisons de cette itinérance avancée par les historiens serait que Montaigne, dans un rôle de médiateur auprès du Roi, regarde ce qu'il se passe de l'autre côté de la frontière, où cohabitent diverses religions, Hommes protestants et catholiques. Montaigne est fasciné par les pratiques religieuses. Il a ainsi des discussions à toutes les étapes de son itinérance avec les leaders religieux de l'époque afin de mieux comprendre l'Homme et sa relation avec Dieu. D'une curiosité et d'un appétit de savoir sans bornes, Montaigne couvre un grand nombre de sujets. Il tirera de ces expérience des éléments venant renforcer sa position de penseur tolérent et relativiste. De ce point de vue là, il a tracé les jalons d'une pensée contemporaine : la pensée de Montaigne.

Au cours de son périple, Montaigne passera près de 5 mois à Rome. Il y voit effectivement un grand intéret politique, puisqu'il y va pour ambitionner un poste d'ambassadeur d'Italie. Montaigne va même jusqu'à réaliser les démarches administratives afin d'obtenir le statut de citoyen romain. Hélas, il ne recevra jamais cette nomination puisqu'en septembre 1581 et alors qu'il soigne ses problèmes rénaux aux bains de Lucques, une nouvelle importante lui parvient : il a été nommé maire de Bordeaux.

C'est une grande déception pour celui qui envisageait une nomination à dimension internationale : "Messieurs de Bordeaux m'élurent maire de leur ville alors que j'étais éloigné de la France et encore plus éloigné d'une telle pensée. Je refusai, mais on m'apprit que j'avais tort, l'ordre du roi intervenant aussi en l'affaire." Il va donc devoir rentrer à Bordeaux, mais le fera de façon relativement lente, jusqu'à se faire rappeler à l'ordre par le roi lui-même. Il débutera finalement son rôle de maire avec six mois de retard ! 

 Préparez votre itinéraire avec GR @ccess - abonnez-vous

Journal de voyage

C'est donc une partie de son chemin de retour que dépeint le GR® 89. Un parcours long de 118 kilomètres en région Auvergne-Rhône-Alpes, entre Brussieu et Thiers et décrit dans son Journal de voyage. Pour traverser le Forez et se rendre à Clermont, Montaigne emprunta l'ancienne voie romaine toujours utilisée jusqu'au XVIIIème siècle. Il part du Lyon médiéval, situé au pied de la colline de Fourvière, et monte sur le plateau de Saint-Irénée. Il descend ensuite dans la vallée de la Brévenne vers Courzieu par une route aujourd'hui disparue.

Itinéraire de Michel de Montaigne

"Le mercredi 15 de novembre 1581, je partis de Lyon après disner et par, un chemin montieux vins coucher à La Bordelière, cinq lieues, village où il n'y a que 2 maisons."

Il continue au matin suivant par une route qui longe la limite entre les communes de Saint-Laurent-de-Chamousset et Saint-Clément-des-Places, en passant par Laprat et Trève Milan, puis rejoins Saint-Martin-Lestra jusqu'à Feurs, où il va déjeuner.

"De La Bordière, le jeudi matin, fîmes un beau chemin plein, et sur le milieu d'icelui, près de Fur (Feurs), petite vilete passâmes à bateau la rivière de Loire."

Après la traversée de la Loire, en bateau, il part en direction de Boën, par l'ancienne route, puis suit la rive droite du Lignon et de l'Anzon pour atteindre au soir le bourg de l'Hôpital-Sous-Rochefort où il couche au relais de poste situé avant la porte fortifiée du bourg.

"et nous rendîmes d'une trete à l'Hospital, huit lieues, petit bourg clos."

Le lendemain, 17 novembre, il repart avec un mauvais temps de vent et de neige vers Rochefort. On peut s'imaginer ces cinq animaux avançant lentement et avec difficulté sur cette route enneigée, sous un vent violent, le cheval portant Montaigne enveloppé d'un manteau et les quatre courtauds sur lesquels se trouvent ses malles et son serviteur-secrétaire. 

"De là, vendredi matin, suivismes un chemin montueux, en temps aspre de nèges et d'un vent cruel où nous venions."

Enfin, reparti dans l'après-midi du relais de la Poste, il emprunte la D101 actuelle jusqu'à la Malaptie, la Fortie et la Courtade, rejoint la D322, limite entre les communes de Viscomtat et Celles-sur-Durolle, et rejoint Thiers par la Monnerie-le-Montel.

"Et nous rendismes à Thiers, six lieues, petite ville sur la rivière d'Allier, fort marchande bien bastie et peuplée. Ils font principalement trafiq de papier et son renommés d'ouvrages de couteau et cartes à jouer. Elle est également distante de Lyon, de Saint-Flour, de Moulins et du Puy"

 


 

Rédaction Bruno PESSIOT - MonGR.fr

Publié le 12/04/2018